vendredi 10 avril 2015

CHAMPIGNONS COMESTIBLES ET TOXIQUES


COMESTIBLES ET TOXIQUES



LES
INTOXICATIONS



Nos ancêtres, (du Néolithique à nos jours), vécurent tout d'abord de cueillette,
de pêche et de chasse.


La cueillette des végétaux avait pour but essentiel l'alimentation. Les pre-
miers rapports entre l'Homme et la plante furent délicats : la mort sanctionnait les
tentatives culinaires hasardeuses ! Ainsi s'élabora le concept de comestible et par
opposition celui de dangereux. Ces deux concepts s'appuyaient sur l'identification
visuelle de la plante. De nos jours, en mycologie seule la connaissance botanique
permet de discerner l'espèce comestible de l'espèce toxique.
Et pourtant bien des fables circulent encore dans nos campagnes :
- Les Champignons jeunes sont tous comestibles...

- Tous les Champignons bleus sont toxiques...

-  Les limaces n'attaquent que les mauvais Champignons...
-  Les Champignons dont la chair change de couleur à la cassure sont dangereux...


Toutes ces affirmations sont erronées, il n'existe pas de « recette miracle » pour 
connaître l'éventuelle toxicité d'un champignon, si ce n'est la connaissance des 
champignons.

 UN PEU D'HISTOIRE :


Les recherches récentes chez les peuples primitifs nous apprennent que les rap-
ports fondamentaux de l'Homme et du Champignon sont d'ordre alimentaire ou
magique.


Les premières inscriptions connues actuellement figurant un Champignon son celles d'un tombeau de pharaon (AMENEMHAT) datant de 1450 avant J.C.

De même un culte semblait voué au Champignon à l'époque précolombienne
(X
ème siècle avant J.C), comme l'attestent des objets retrouvés au Guatemala,
au Salvador et au Mexique. Ces statuettes de pierre appel
ées « pierres-
champignons
» semblent avoir joué un rôle important dans la sorcellerie et les sacri-
fices mayas.
Le culte des Champignons sacrés hallucinogènes survit encore au Mexique, où
il e
st associé à la divination et aux pouvoirs du sorcier.

Plus près de nous, à l'époque romaine, l'utilisation apparaît culinaire. Les Romains
raffolaient surtout de l'Oronge (Amanita caesarea, photos 42 , 42 bis pages 76
et 77). Les fresques d'Herculanum (d
étruite en 79 après J.C.) mettent en valeur
les Lactaires d
élicieux, (photos 45 et 46, page 79). En outre, les Bolets et les Pho-
liotes du Peuplier semblent en vogue
à cette époque.

On a retrouvé certaines recettes de l'époque romaine grâce aux écrits d'Apicius
sur l'art culinaire.

On préparait les Champignons cuits dans du miel, ou assaisonnés avec un con-
diment sp
écial (l'oenogarum) à base de vins sélectionnés et de viscères de pois-
sons conserv
és dans la saumure.
Mais l'époque romaine connaît également les empoisonnements occasionnés
par les Champignons. Les accidents devaient
être relativement fréquents, ainsi l'in-
toxication collective
à laquelle succombèrent tous les convives d'un banquet y com-
pris Anneus Serenus, capitaine des gardes de N
éron et ami de Sénèque. De nom-
breuses familles romaines p
érirent de la sorte à cette époque.


De l'Antiquité au Moyen-Age, la toxicité des Champignons était attribuée non
à leur nature et espèce, mais à des agents extérieurs relevant de la magie, sinon
de la sorcellerie.
Cependant Pline l'Ancien nous prouve (description à l'appui) que les Amanites
mortelles étaient connues et parfaitement distinguées de l'Amanite des césars. On
comprend du reste fort bien que, de cette époque, datent les premiers empoison-
nements criminels. Le plus c
élèbre est sans doute celui dont mourut l'empereur
Claude qui d
écéda après avoir mangé un grand plat d'Oronges dont il était friand.
On pense qu'Agrippine, qui souhaitait voir régner son fils Néron, aurait ajouté du
jus extrait d'Amanites phalloïdes au plat de l'empereur.
Dioscoride attribuait leur toxicité à la présence de clous rouilles ou à la proximité
d'un repaire de Serpents ! Le Champignon au Moyen-Age passe pour issu de Satan.
De ce passé, subsistent des noms évocateurs : « Bolet Satan », « Trompette de la
mort », « ronds de sorcières », « Oeufs du diable », « Oreille de Judas », etc..
En France, l'Amanite phalloïde à elle seule cause de grands ravages jusqu'à la
fin du si
ècle dernier. Il fallut attendre les travaux d'Elias Magnus Fries pour que la
science mycologique acqu
ît ses lettres de noblesse et pût codifier parfaitement les
espèces comestibles et celles dangereuses.

1.- Intoxication non liée à l'espèce :

A.- Conservation : On ne doit consommer que des exemplaires jeunes et en
bon
état de conservation. En effet, les Champignons âgés renferment dans leur
chair des produits de d
écomposition plus ou moins toxiques : ammoniaque, aci-
des, et surtout dérivés d'aminés diverses analogues à des alcaloïdes toxiques, les
ptomaïnes (ou cryptomaïnes). Ces substances sont le fait d'actions chimiques,
d'oxydo-réductions ou d'actions indirectes des bactéries. De même, les Champi-
gnons peuvent être parasités par des moisissures élaborant des toxines rendant
leur consommation dangereuse. C'est le cas de certains Marasmes, des Collybies
et même de la Chanterelle qui peuvent être parasités par des Hypomyces nocifs.

B.- Sensibilité personnelle : certaines personnes présentent une sensibilité par-
ticuli
ère à des espèces réputées comestibles. Dans ce cas, les espèces ne sont pas
en cause, mais plutôt la personne qui les ingère. Ce phénomène d'intolérance peut
être dû à certaines substances (exemple : le tréhalose, sucre contenu dans Agari-
cus campestris) ou à un phénomène de type allergique vis-à-vis d'une espèce avec
apparition d'urticaire.

Plusieurs Champignons (Gyromitres, Helvelles) consommés crus ou insuffisam-
ment cuits peuvent déclencher une hémolyse (destruction des globules rouges ou
hématies). Ce phénomène se retrouve chez d'autres Champignons contenant des
hémolysines (toxines provoquant une hémolyse), en particulier : Amanita fulva, Ama-
nita vaginata et Amanita rubescens. Ces dernières substances (hémolysines) sont
fragiles à la température (thermolabiles) ; aussi l'ébullition et le rejet de l'eau de
cuisson entraînent la destruction et l'élimination des principes hydrosolubles.

La toxicité des Amanites mortelles n'est pas influencée par le mode de préparation.

Enfin, l'état du sujet peut déterminer une intoxication ou une sensibilité indivi-
duelle. Ainsi une résistance diminuée (débilité, vieillards, enfants, femmes encein-
tes), l'absorption d'alcool avec certains Champignons (Coprin noir d'encre), l'état
pathologique antérieur du sujet (maladie rénale, terrain allergique ou désordre diges-
tif) sont des facteurs prédisposant aux intoxications.



C- Pollution : La pollution d'une espèce peut être le fait du terrain, d'une atta-
que par des moisissures ou d'une souillure au moment de la récolte. Comme d'au-'
tr
ès végétaux les Champignons peuvent concentrer des produits toxiques de leur
environnement : ainsi les Coprins des pelouses (Coprin chevelu) peuvent concen-
trer les herbicides et présenter un danger pour l'Homme. Même remarque en ce
qui concerne les espèces de bords de route ou de champs de céréales. Nous avons
déjà évoqué l'attaque des moisissures parasites, mais il reste à préciser le cas de
« souillure » au moment de la récolte. Ce peut être le cas d'un fragment de Cham-
pignon dangereux mélangé à une récolte destinée à la table. Certaines spores peu-
vent même occasionner des allergies, voire des intoxications, si elles sont dépo-
sées sur des espèces comestibles, d'où l'intérêt d'une cueillette ordonnée et d'une
consommation rapide.

Enfin, pour mémoire, citons les cas d'intoxications psychiques où les convives
d'un repas, absolument anodin, convaincus d'avoir consomm
é une espèce mor-
telle, ont ressenti des sympt
ômes d'intoxication tels que diarrhées, vomissements
et troubles nerveux importants !

2.- Maladies dues aux Champignons microscopiques :

Moins connus (car peu visibles) les Champignons microscopiques sont très nom-
breux (plusieurs centaines de mille).

Certains peuvent provoquer chez l'Homme des intoxications ou des maladies
graves, directement ou indirectement (en étant présents dans la chaîne alimentaire).
Les atteintes directes sont les mycoses dont les plus connues sont les candidoses
et les teignes. Les atteintes indirectes sont les mycotoxicoses alimentaires dues
à des moisissures des genres « Aspergillus, Pénicillium, Fusarium et Claviceps »,
qui se développent sur les céréales, les fruits ou la paille.
A.- Mycoses humaines : les Champignons microscopiques sont présents sur
notre peau et dans notre corps. Dans certaines conditions (fatigue, surmenage ner-
veux, état de la peau, dépression) ces hôtes paisibles deviennent parasites. C'est
le cas de « Candida albicans », qui peut déterminer chez l'Homme des « candi-
doses » pouvant être : cutanées (zones circulaires où la peau est rouge et sensi-
ble), génitales, digestives (avec diarrhées), buccales (muguet très fréquent chez
le nouveau-né) ou parfois même pulmonaires. Ces affections sont longues à soi-
gner, récidivantes et semblent liées tout à la fois à une sensibilité personnelle et
aux facteurs déclenchants évoqués ci-dessus. Elles peuvent parfois évoluer bruta-
lement et entraîner la mort dans de rares cas.

« Histoplasma capsulatum » est l'agent d'une affection qui s'apparente par son
déroulement chez l'Homme à la tuberculose, c'est l'histoplasmose américaine ou
maladie de DARLING. La source de contamination se trouve dans les poussières
souillées de déjections animales, surtout de pigeons, de poules ou de chauves-souris.
L'histoplasmose peut déclencher des épidémies qui frappent des groupes de per-
sonnes expos
ées à une contamination localisée. Ainsi, historiquement, on évoque
la responsabilité de l'histoplasmose dans l'importante mortalité constatée parmi les
ouvriers occupés au percement du canal de Panama (1906), contamination liée
à la nécessité de manipuler d'énormes masses de terre souillée.


Autre soupçon et même hypothèse : la terrible maladie qui frappa les premiers
arch
éologues découvrant les tombeaux des Pharaons serait due à l'inhalation de
spores d'« Histoplasma » dans des galeries tapissées de déjections de chauves-
souris. La malédiction des Pharaons serait donc due à un Champignon !

B.- Mycotoxicoses alimentaires : les moisissures se développent sur des subs-
trats vari
és (photo 21, page 63) et émettent plusieurs « toxines » qui sont, soit des
d
échets d'élimination normaux (l'équivalent de notre transpiration), soit des subs-
tances destin
ées à les protéger ou à favoriser leur croissance au détriment d'autres
plantes (phytotoxines), des Bact
éries (substances où figurent les antibiotiques
employ
és par l'Homme), ou des animaux (zootoxines).
« Aspergillus flavus ». Ce champignon peut produire des flavotoxines qui sont
des toxines thermostables (r
ésistantes à la chaleur). Elles occasionnent de graves
pertes dans les
élevages de porcs, de veaux et de dindons.
A l'origine, les « Aspergillus » se répandent sur les tourteaux d'oléagineux et intoxi-
quent les animaux qui les consomment. Ces toxines peuvent se retrouver dans le
lait des vaches (non sensibles) et atteindre l'Homme par la consommation de pro-
duits laitiers contamin
és.
Elles causent de graves affections nerveuses et des cancers humains surtout dans
les pays du tiers-monde o
ù l'état sanitaire des élevages n'est pas toujours
satisfaisant.
Parmi ces toxines, l'aflatoxine B.1 est le plus puissant cancérogène connu.
Les manifestations cliniques sont :

-  crise aiguë : troubles hémorragiques, convulsions et tremblements, parfois
l
éthargie. Des troubles digestifs (diarrhées, vomissements), des signes d'oedème.
La mort peut parfois survenir.

-  crise chronique : l'intoxication chronique se traduit par l'altération de nom-
breux organes vitaux en particulier du foie avec une h
épatite atrophique, des can-
cers. Le tout d
épendant de l'âge, du sexe et de la victime (y compris l'Homme) !


« Claviceps purpurea » - l'Ergot de Seigle : (photo 11, page 58).
L'ergotisme, plus connu sous les noms de « feu de Saint-Antoine », « peste du
feu
» ou « mal des ardents », est une maladie connue depuis le Vlllème siècle. Elle
est due au m
élange des sclérotes (forme de résistance du Champignon) et des grains
de Seigle. La mis
ère du paysan au Moyen-Age l'obligeait en certaines saisons à
faire moudre les criblures ergotées et à en tirer du pain. Pendant plusieurs siècles
cette maladie causa d'affreux ravages dans toute l'Europe (les premi
ères épidé-
mies rapportées datent de l'an 945 à Paris).
Tableau clinique :
L'ergotisme évoluait en trois phases :
- les effets vaso-constricteurs (rétrécissement des vaisseaux) entraînaient le four-
millement des extr
émités et un manque d'appétit),
- douleur intense puis convulsions dues aux effets sur le système nerveux cen-
tral des substances chimiques responsables,
- atteinte des membres avec changement de coloration, pâleur, puis carbonisa-
tion (noircissement des t
éguments) (d'où évocation d'un feu caché).
Le malade affaibli au plan physique et nerveux tombait dans la folie, un délire
sem
é d'hallucinations.

Vers 1813, à Lyon, COURHAIT décrit les premiers avortements imputables à
l'Ergot de Seigle.


Substances chimiques : de longues recherches aboutirent à l'isolement, par
A. STOLL de B
âle, puis A. HOFFMANN, de douze alcaloïdes, dont ia structure de
base est l'acide lysergique.
De nombreux médicaments à base' d'alcaloïdes de l'Ergot de Seigle ou de déri-
v
és sont utilisés de nos jours pour la circulation cérébrale, le traitement des hémor-
ragies apr
ès l'accouchement, contre les migraines, les insuffisances veineuses,
l'hypotension, etc..
A partir de l'ergobasine A. STOLL et A. HOFFMANN synthétisèrent toute une
s
érie de dérivés de l'acide d- lysergique. Un soir, en 1943, HOFFMANN, en ren-
trant chez lui
à Bâle, ressentit une ivresse peuplée de visions : il faillit se faire écra-
ser par un tramway qu'il prit pour un
éléphant rose (!).
Se doutant que ces effets étaient dus à l'un des dérivés préparés, il entreprit
de les tester
à tour de rôle. Le dérivé numéro 25 de l'acide d- lysergique se révéla
être le responsable des éléphants roses ! Ainsi était reconnu le diéthylamide de l'acide
d- lysergique plus connu sous le nom de L.S.D. 25...
Aventure étrange donc que celle de ce Champignon qui commença à côtoyer
l'Homme en le tourmentant au Moyen-Age puis finalement livra ses secrets chimi-
ques pour le meilleur et pour le pire.


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Autres Champignons :

D'autres Ergots (Claviceps microcephala sur Molinia caerulea) et Charbons des
v
égétaux (Ustilago maydis sur le maïs) possèdent des propriétés similaires à l'Er-
got de Seigle.

Les mycotoxicoses dues aux moisissures sont très nombreuses. Les contami-
nations se font en g
énéral par les spores présentes dans l'air. Dans le cas des Agru-
mes (Oranges, Citrons, Pamplemousses, etc.), si les glandes ol
éifères de la pelure
sont l
ésées, l'huile ainsi libérée constitue un milieu favorable à la germination des
spores et
à la prolifération des moisissures.

Mais si les moisissures se développent facilement, bien souvent, elles ne pro-
duisent pas de toxines, les conditions
écologiques nécessaires à la fabrication de
ces substances
étant généralement plus rarement réunies que celles permettant
le d
éveloppement du micro organismes. L'échelle des températures favorables est
tr
ès variable : 27° C. est en général l'optimum, mais on a découvert des <,< Fusa-
rium
» et des « Pénicillium » se développant à 0° C. De même certaines souches
de
« Fusarium » sont capables de synthétiser des toxines à des températures de
moins 2
° C. à plus 10° C.

Une dernière remarque : si le genre « Aspergillus » renferme des espèces haute-
ment dangereuses, il ne faut pas oublier que les p
énicillines F ou G sont isolées
des cultures d'
« Aspergillus ». De même pour le genre « Pénicillium », d'où la péni-
cilline fut extraite pour la premi
ère fois par Sir Alexander FLEMING du « Pénicillium
notatum
». Ainsi, tout comme l'« Ergot de Seigle », les Champignons microscopi-
ques nous confirment la richesse d'invention de la nature et son extraordinaire poten-
tiel mi-ange, mi-d
émon, selon l'usage que l'on en fait.


3.- Intoxications dues à la consommation de Champignons supérieurs.



Il paraît utile de rappeler ici qu'il n'existe pas de recette miracle pour discerner
le bon Champignon du dangereux. Seule la parfaite connaissance des caractères
botaniques des Champignons permet des les différencier. Cette connaissance s'ac-
quiert par l'étude livresque et par l'étude sur le terrain, si possible au cours des
nombreuses sorties organisées par la Société Mycologique de VQtre région et qui
sont encadrée's par des mycologues avertis.

A.- Signes évocateurs d'une intoxication :
C'est l'apparition d'un ou de plusieurs de ces signes après l'ingestion d'un plat
de Champignons qui devra faire penser à une intoxication éventuelle, en gardant
bien à l'esprit que la gravité est en rapport avec le délai d'apparition des symptô-
.mes après le repas :
- Intoxications non mortelles en général si les premiers signes apparaissent de
1 à 4 heures après l'ingestion.
- Intoxications toujours très graves si le délai d'apparition dépasse 8 heures.

Principaux signes :
"- troubles oculaires (dilatation ou rétrécissement des pupilles).
- fièvre ou inversement extrémités refroidies,
- augmentation des sécrétions : hypersudation et hypersalivation,
- troubles nerveux : excitation avec phase d'ébriété suivie d'une phase hypnotique,
- troubles psychiques : hallucinations visuelles et troubles mentaux (mémoire,
imagination),
- troubles digestifs : nausées, douleurs abdominales, diarrhées, vomissements.
B.- Syndrome à longue incubation.
1.- Syndrome phalloïdien :

Les espèces en cause sont les trois Amanites mortelles : Amanita phalloïdes,
Amanita virosa et Amanita verna. Leur description en sera do nnée ci-après (photo
22, page 63). Cette intoxication est dominée par deux faits primordiaux :
-  les premiers signes n'apparaissent que 8 à 12 heures après l'ingestion et se
traduisent par des douleurs abdominales, des vomissements et des diarrh
ées
importantes.
-  Les toxines en cause (amatoxines et phallotoxines) détruisent les cellules, en
particulier celles du foie et des reins d
ès le début de l'intoxication et ces organes
nobles sont d
éjà endommagés lorsque surviennent les premiers symptômes. On
note
également une hémolyse, des troubles de la coagulation et une forte déshy-
dratation (crampes, soif intense).
(L'Entolome livide provoque des intoxications similaires mais rarement mortelles).
Soins urgents :
   Rechauffer le malade (couverture) et le mettre en position allongée.
   Prévenir le médecin d'urgence.
   Réhydrater le malade en évitant tout alcool.


Pronostic et soins actuels :
L'Amanite phalloïde est de loin (95 % des cas) la cause la plus fréquente d'in-
toxication mortelle par les Champignons. Un malade hospitalis
é précocement (dès
l'apparition des premiers troubles) doit en principe pouvoir
être sauvé sauf s'il s'agit
d'une personne particuli
èrement fragile (enfant, vieillard, insuffisant rénal, etc.).
Le traitement en milieu hospitalier vise à calmer les vomissements, à essayer
d'
éliminer les toxines encore présentes dans l'appareil digestif (sérum de l'Institut
Pasteur),
à réhydrater le sujet (perfusions) et à surveiller l'état rénal et cardiaque.


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La méthode du Docteur BASTIEN :
Le Docteur BASTIEN de Remiremont (Vosges) préconise un traitement
d'urgence alliant :
-  traitement de désinfection par la bouche : sulfamides (nifuroxazide) et
antibiotiques (ou dishydrostreptomycine et n
éomycine).
-  vitamine C en injection intraveineuse.
Ce traitement d'urgence, très controversé, semble donner d'excellents
r
ésultats. Il est appliqué dans plusieurs centres hospitaliers ou centres anti-
poisons, o
ù il est associé à d'autres techniques d'urgence permettant d'en-
visager un bon pronostic. En fait, les antiseptiques intestinaux qui diminue-
raient l'absorption intestinale des toxines (selon le Docteur BASTIEN) ne peu-
vent
être efficaces que si ce traitement est rapidement mis en œuvre (24
à 36 heures au plus tard après l'ingestion des Amanites mortelles).

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2.- Syndromes paraphalloïdien :
Syndrome orellanien :
Les espèces en cause appartiennent au genre Cortinarius : « Cortinarius orella-
nus
», « Cortinarius splendens », « Cortinarius phoeniceus », « Cortinarius cinnamo-
meus
», « Cortinarius semisanguineus », etc.. (voir photos 26 à 28, pages 67 et 68).
Cette intoxication rappelle celle des Amanites mortelles :
-  incubation très longue (de 3 à 7 jours)
-  troubles gastro-intestinaux avec soif intense et frissons
-  douleurs articulaires
-  signes méningés (maux de tête, convulsions).
Elle est caractérisée par le fait que les toxines attaquent la foie et surtout les reins.
Ainsi, en 1979, le Cortinarius splendens fut impliqu
é dans une quinzaine d'intoxi-
cations dans la r
égion lyonnaise, provoquant de graves lésions rénales, imposant
aux victimes l'usage du rein artificiel. Dans ce cas le traitement mis en oeuvre se
rapproche de celui appliqu
é aux intoxications phalloïdiennes en surveillant plus par-
ticuli
èrement la fonction rénale, la guérison peut survenir après plusieurs mois.
Syndrome helvéolien :
Les espèces en cause appartiennent aux espèces voisines de « Lepiota helveola ».
Celle-ci a la particularit
é de pousser dans les jardins et les friches. Les symptômes
sont ceux du syndrome phallo
ïdien mais atténués avec des risques mortels moin-
dres (la dose mortelle n
écessite un poids de Chanfpignons élevé).


3.- Syndrome gyromitrien :

Il s'agit ici d'intoxications accidentelles (parfois mortelles) dues à des Champi-
gnons comestibles.
Rares en France, elles sont plus fréquentes en Europe Centrale.
Les Champignons en cause : « Gyromitra esculenta » « Helvella crispa » et une
P
ézize (« Sarcosphaera coronaria ») sont tous trois des Ascomycètes et ne possè-
dent pas de lamelles.

La toxine est l'acide helvellique qui est détruit par la chaleur. L'intoxication se
déclare donc après consommation du Champignon à l'état cru ou insuffisamment-
cuit. Une bonne cuisson et le rejet de l'eau de cuisson éviteront ces accidents rare-
ment mortels, mais qui provoquent des troubles gastro-intestinaux après une incu-
bation longue (de 8 à 24 heures) rappelant une intoxication phalloïdienne, avec
oour particularité une hépatite grave.
C- Syndromes à courte durée d'incubation :
1.- Syndrome panthérinien (ou muscarien) :

Les espèces responsables sont « Amanita pantherina » et surtout « Amanita mus-
caria » (voir photos 24 et 25) confondues respectivement avec « Amanita rubes-
cens » (photos 40 et 41 ) ou « Amanita spissa » et « Amanita caesarea » (voir pho-
tos 42 et 42 bis, pages 76 et 77).

Nous vous renvoyons aux descriptions botaniques de ces Champignons.

L'effet muscarien ou mycoatropinien est dû essentiellement au muscimol qui pro-
voque confusion mentale et endormissement profond. On trouve également de la
bufoténine, une substance à action psychotrope de structure chimique (noyau indo-
lique) proche de la psilocine et de la psilocybine extraits des Champignons halluci-
nogènes du Mexique. Cette substance provoque de graves troubles psychomoteurs
(délire, hallucinations), une diminution de la sécrétion salivaire. La muscarine est
également présente, mais à des doses très faibles, elle serait responsable des pro-
priétés insecticides à l'origine de la dénomination « tue-mouches ».

L'intoxication débute après une courte incubation (1 à 4 heures) et se manifeste
par des troubles de l'équilibre, des douleurs abdominales suivies de diarrhées et
de vomissements. Puis survient une phase d'excitation due à la bufoténine à laquelle
succède un profond sommeil. Au réveil, l'intoxiqué ressent une lassitude qui dure
plusieurs jours. Le traitement consiste en une r
éhydratation et l'emploi de sédatifs
légers.

Cette intoxication est très rarement mortelle. En effet, la dose mortelle (200 à
300 grammes) est rarement ingérée et la toxicité des substances actives est faible.
Toutefois, la tolérance individuelle peut modifier ces données.
2.- Syndrome sudorien :

Les Champignons responsables contiennent tous des doses élevées de musca-
rine. Ce sont essentiellement des Inocybes et des Clitocybes.

La muscarine est un alcaloïde qui provoque :
- une hypersécrétion de l'appareil digestif avec douleurs abdominales, vomisse-
ments, diarrhées, etc..
- hypersalivation et hypersudation : « l'intoxiqué mouille ses draps »
- hypersécrétion nasale et bronchique avec larmoiement peu marqué
- cœur ralenti, pupilles rétrécies avec troubles visuels.

Ce tableau alarmant peut être combattu efficacement ; on doit surtout réhydra-
ter le sujet. Dans ce type d'intoxication, l'atropine est l'antidote sp
écifique de la
muscarine.

CONDUITE A TENIR FACE
A UNE INTOXICATION

1)  Que faire en cas d'intoxication ?
-  Ne jamais absorber d'alcool.
-  Dans le cas d'une incubation courte (1 à 2 heures après l'ingestion) il
peut
être indiqué d'éliminer le plus d'éléments toxiques ingérés en fai-
sant vomir la victime. Toutefois,
éviter cette opération si la victime est
inconsciente, car on risque alors une inondation des poumons.
-  Si les premiers symptômes apparaissent plus de 6 heures après l'inges-
tion, l'intoxication est plus grave et l'hospitalisation est indispensable.
-  Dans tous, les cas, prévenir un médecin en lui faisant compulser au
besoin ce présent livre.

2)  Comment déterminer la cause d'une intoxication ?
Six questions permettent d'y répondre.

  Quels Champignons avez-vous récoltés ?
Vérifiez les confusions possibles.

  Quelle préparation : crus, omelette, plat sauté ?
Pensez aux espèces toxiques à l'état cru ou mal cuites.

  Combien de temps s'est-il écoulé entre l'ingestion et les premiers
malaises ?
La durée d'incubation permet d'orienter le diagnostic.

  Les Champignons étaient-ils frais ?
Un Champignon comestible peut être toxique s'il est altéré.

  Tous les convives sont-ils malades ?
Certaines personnes ont une sensibilité particulière.

  Le plat consommé était-il cuisiné depuis peu ou s'agissait-il de restes ?
Possibilité de pollution microbienne d'aliments mal conservés.





CENTRES ANTI-POISON



                
Paris  (1)42.05.63.29
Angers 41.48.48.66    
Nancy  28.52.92.10
Bordeaux 56.96.40.80    
Nantes    40.47.88.88
Clermond-Ferrand 73.91.96.96    
Reims 26.06.07.08
Grenoble 76.42.81.21       
Rennes 99.59.22.22
Lille 20.54.55.56     
Rouen 35.88.81.81
Lyon 78.54.14.14      
Strasbourg  88.35.41.03
Marseille 91.75.25.25    
 Toulouse 61.49.33.33
Montpellier 67.72.00.00      
Tours  47.61.61.61

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